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11/05/2017

Des enjeux stratégiques pour les années à venir

Le 4 mai, Aliapur a réuni une trentaine de journalistes à Paris, pour sa conférence de presse annuelle. Au-delà de la présentation officielle du rapport d'activité 2016, le Directeur général Hervé Domas est revenu sur les faits marquants de l'année écoulée -année charnière, complexe et riche- et a abordé les chantiers et enjeux stratégiques pour les années à venir. Interview.

En jetant un regard en arrière, quels enseignements retirez-vous de cette année 2016 ?

Hervé Domas, Directeur général d'Aliapur : Au delà des chiffres record de collecte de plus de 334 000 tonnes, sur lesquels je ne reviendrai pas, l’année 2016 a été une année très chargée sur le plan opérationnel avec la remise en jeu de l’ensemble de nos appels d’offres et notre volonté d’offrir à nos collecteurs et nos transformateurs une visibilité à plus long terme. 2016 a également été marquée par l’aboutissement d’une longue réflexion menée avec le Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer sur la sortie du statut déchet pour le pneu réutilisable. Mission accomplie. Maintenant, notre prochain objectif sera de convaincre le Ministère de sortir également de ce statut les granulats, qui sont aujourd’hui reconnus pour leurs performances produits mais pourtant toujours considérés comme déchets. Ce combat c’est le nôtre mais celui de toute une filière, car il permettra de développer les voies de valorisation et les exportations de nombreuses entreprises du secteur.

2016 a également été marquée par un événement international qui nous a impacté dès juin 2016. Le Gouvernement marocain a en effet soudainement décidé de fermer ses frontières à toute importation de déchets. Conséquence immédiate pour nous : la nécessité de devoir trouver de nouvelles destinations à nos broyats de pneumatiques qui alimentaient jusqu’alors régulièrement les cimenteries du pays. Cette situation a été un véritable déclencheur et je crois pouvoir dire aujourd’hui que, de cette situation de crise, nous en avons fait une véritable opportunité pour nous interroger de manière globale sur une trop forte dépendance à une forme de valorisation énergétique ou à un petit nombre de pays.

Vous parlez d’événement déclencheur vous incitant à repenser votre stratégie de diversification, qu'en dire de plus ?

HD : Notre structure courte a montré son agilité et sa réactivité, je voudrais d’ailleurs ici remercier l’ensemble des équipes qui se sont mobilisées tout au long de l’année pour répondre à ces enjeux. Très vite des ouvertures ont été trouvées sur de nouveaux marchés internationaux encore inexploités comme, dès le dernier trimestre 2016, l’Espagne, le Portugal, la Turquie ou le Pakistan dans le domaine de la valorisation cimentière ainsi que le Japon ou l’Inde pour d’autres types de valorisation. Nous avons également enclenché une nouvelle dynamique pour faire émerger de nouveaux débouchés en valorisation énergétique… autant de pistes qui, j’en suis convaincu, vont nous aider à développer de nouvelles approches et préparer l’avenir. Maintenant que le fonctionnement opérationnel d’Aliapur est assuré, tous nos efforts doivent se porter sur ces questions de valorisation et sur ces nouveaux enjeux stratégiques.

Vous parlez de 2016 et 2017 comme des années charnières, pour quelles raisons ?

HD : À l’évidence, cette année 2016 nous a engagé dans une nouvelle étape de stratégie de diversification. Nous avons, par exemple, décidé d’entreprendre un plan d’actions dans le domaine de la valorisation énergétique, notamment en direction des chaufferies urbaines et industrielles. Une stratégie sera mise en place dès le 2ème semestre 2017 avec une road map et une cartographie d’acteurs. Notre objectif est d’œuvrer à une meilleure connaissance des décideurs économiques, institutionnels et politiques des solutions existantes en France et dans le monde.

Il est de notre rôle de démontrer que le déchet est une véritable source d’énergie alternative. Ce que nous faisons depuis 2008 en envoyant des broyats en Suède, permettant ainsi d’alimenter une chaufferie urbaine d’une ville de plus de 80.000 habitants, doit être aujourd’hui transposable en France et dans de nombreux autres pays. Notre rôle est donc de faire œuvre de pédagogie et de sensibiliser aux solutions existantes via la valorisation énergétique du pneumatique. Les enjeux sont immenses, les solutions existent déjà, pour certaines !

Vous avez évoqué la valorisation énergétique. Quelles actions menez-vous dans le domaine de la valorisation matière ?

HD : Dans ce domaine également je parlerai d’année charnière. En effet, nous pouvons dire qu’aujourd’hui après plus de 10 ans de recherche et de développement, nous avons une connaissance optimale du matériau pneumatique. Ce produit stable, nous en connaissons les propriétés, les qualités, les potentialités. Il est de notre mission de les faire connaître et de les diffuser auprès de ceux qui pourraient en avoir l’utilité. Certaines valorisations, comme les revêtements des sols sportifs par exemple, sont aujourd’hui connues, mais des voies nouvelles d’exploitation existent, nous en sommes persuadés, que ce soit dans les secteurs industriels ou dans le bâtiment. Les industriels et les innovateurs doivent aujourd’hui être des publics privilégiés dans notre stratégie d’information et de communication.

Concrètement quel peut être le rôle d’Aliapur dans cette dynamique d’innovation qui va bien au-delà de la filière ?

HD : Notre rôle, nous le voyons aujourd’hui comme un catalyseur d’énergies, de projets, d’idées pour faire émerger dans les prochaines années des projets innovants comme a pu l’être récemment le projet Aglostic, une solution anti-moustique imaginée à partir de pneus recyclés. L’une des premières conditions pour réussir ce défi est d’être à l’écoute des besoins et des questionnements des industriels. Nous avons conscience de la méconnaissance que peuvent avoir tous ces acteurs de l’innovation - de la jeune startup au grand groupe industriel - de notre matériau qui, plus qu’un produit est une véritable matière première.

Nous avons donc décidé, fin 2016, de mettre en place une véritable stratégie d’Open Innovation avec, pour objectif prioritaire, la mise à disposition, dès le 2ème semestre 2017, de données clés de cette matière à l’ensemble de cet écosystème de l’innovation et notamment aux fab labs. Nous avons également décidé de créer des starterkits mettant de la matière à disposition et d’être plus fortement présent dans les salons et forums liés à l’innovation. Cette nouvelle dynamique traduit finalement bien la jeune histoire d’Aliapur qui est passée d’une culture R&D technique à une culture R&D marketing. Cette double culture doit aujourd’hui enrichir notre stratégie et nos actions. Pour cela, il est de notre rôle de la faire connaître, de nous affirmer en tant qu’expert en partageant nos connaissances et permettre ainsi, de faire émerger de nouveaux projets qui créeront de la richesse et de l’emploi notamment sur notre territoire. C’est un projet collectif qui est enthousiasmant pour l’ensemble de nos collaborateurs pour répondre aux enjeux économiques et environnementaux de demain.